Kupka, maître de la forme et de la couleur.

Ma rencontre avec  František  (François)  Kupka eut lieu un vendredi après-midi d’avril.

Assis derrière son chevalier, il interrompt son dessin alors que je rentre dans la salle. Il se retourne, probablement alerté de mon intrusion par le bruit de mes pas. Nos regards se croisent. Nous nous immobilisons.

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František Kupka, autoportrait, 1905. Prague, Narodni gaerie v Praze

Tout juste la trentaine. Plutôt bel homme avec une barbe et de jolies moustaches.  Kupka me fixe un instant puis m’invite à poursuivre ma visite. 
Peu après je découvre qu’il possédait aussi un charmant fessier comme le souligne admirablement un dessin au fusain, intitulé Méditation, où il se représente de dos, nu, devant un lac de montagne.

kupka-meditation
František Kupka, Méditation, 1899. Ostrava, Galerie vytvarného umeni v Ostrave.

Kupka m’hypnotise (et pas seulement sa plastique). Son œuvre me fascine : l’envolée des couleurs, la puissance des formes. 
L’artiste est multiple. Dessinateur, illustrateur, peintre. Tantôt figuratif, expressionniste, avec quelques  touches de fauvisme même.  Tantôt abstrait, minimaliste. Souvent sous influence du symbolisme.  Mais toujours, et avant tout :  la Couleur !
Moi, qui d’ordinaire suis peu sensible à l’art moderne, je suis véritable subjuguée. Ses toiles vibrent au rythme des gammes colorées qui y sont peintes. Et je vibre avec.

Né en 1871 à Opocno (Bohême), il fit ses classes à Pragues et Vienne et  arrive en 1896 à Paris, âgé de 25 ans. Il restera la majeure partie de sa vie en France – à Puteaux où aujourd’hui une tour de la Défense porte son nom – à dessiner, peindre, imaginer, créer. Toutefois, la France connait mal  František  Kupka, alors qu’il compte comme pionnier de l’un des plus importants mouvements artistiques du XXème siècle : l’art abstrait. 
Il fut l’un des premiers à vouloir rompre avec la tradition du mimétisme avec la Nature, passant de la « non-illusion » à la « non-figuration ».  pour aboutir à l’abstraction. Dont il refusera toutefois l’étiquette « Ma peinture, abstraite ? Pourquoi ? La peinture est concrète : couleur, formes, dynamiques. Ce qui compte, c’est l’invention. On doit inventer et puis construire. »

kupka abstraction
František Kupka, autour d’un point, 1920-30. Paris, Centre Pompidou.

C’est une personnalité hors norme(1), libre-penseur, homme engagé (2)  en recherche perpétuelle de vérité que le Grand Palais met en avant avec une exposition de 300  de ses œuvres  -peintures, dessins, gravures, manuscrits, journaux, livres illustrés, photographies et films  – organisées en sections où se marient chronologie et thématique.  Une  exceptionnelle rétrospective pour un parcours riche et singulier jalonné d’univers colorés.

La critique se lâche : Jaillissement, fulgurance, explosion  des couleurs… Œuvre foisonnante, éblouissante, rutilante, déconcertante…  empreinte de spiritualité et musicalité… 
Mais arrêtons là les mots. 
Allez à l’expo. 
Et laissez place aux émotions.

P. S. : vous pouvez compléter cet avec article avec le podcast d’Art District en cliquant ici !

Infos pratiques : 
Exposition au Grand Palais
3 Avenue du Général Eisenhower
75008 Paris

Ouvert le lundi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche de 10h-20h, le mercredi de 10h-22h.
Depuis le  21 mars 2018 et jusqu’au 30 juillet 2018

Et si vous ne pouvez y aller, vous pouvez toujours prévoir un voyage pour aller  le rencontrer à  : 

  • la Galerie nationale de Prague au Palais Wallenstein du 7 septembre 2018 au 20 janvier 2019
  • l’Ateneum Art Museum, à Helsinki, du 21 février au 19 mai 2019.

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(1)Dans sa jeunesse à Vienne, il est porté sur le spiritisme, croyant à une vérité supérieure. A son arrivée à Paris, il gagne sa vie comme  medium spiritiste, et en tant qu’illustrateur pour des revues anticléricales, antimonarchistes comme L’Assiette au beurre, hebdomadaire satirique.

(2)Lors de la Première Guerre mondiale il s’engage  aux côtés des Français. Il était très attaché à son pays natal, il a contribué à  son indépendance en 1918 par son engagement dans les Légions tchécoslovaques


2 réflexions sur “Kupka, maître de la forme et de la couleur.

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