Tête à tête avec Tintoret

C’est un être extravagant,
capricieux, prompt et résolu,
le cerveau le plus terrible qu’ait jamais connu cet art.
Giorgio Vasari.

 

Le Tintoret. Il Tintoretto dans sa langue d’origine. Littéralement « le petit teinturier ». C’est ainsi qu’était, et est toujours, surnommé Jacopo Robusti en raison du métier de son père et, parait-il, de sa petite taille. 
Il fut l’un des plus grands peintres du XVIème siècle italien (1).

tintoret dessin.jpg
Le Tintoret, Sainte Famille avec le jeune Saint Jean-Baptiste, vers 1500. New Haven, Yale University Art Gallery.

Fils d’un modeste artisan vénitien, né en 1518 (ou 1519), Jacopo aurait commencé son expérience picturale en faisant des graffitis à partir des pigments de teinture de son père avant de se former à la peinture. 
Il rêve d’ascension sociale, d’exercer son art pour les plus puissantes familles de la lagune. Un art marqué par des corps puissants, une touche rapide, nerveuse, des couleurs vives, parfois acides, une maîtrise remarquable des ombres et des lumières.

Le jeune artiste a deux grandes inspirations que Carlo Ridolfi résume par « Le dessin de Michel-Ange (2), la couleur de Titien (3) ».

Véritable prodige, à ses 20 ans il possède déjà son propre atelier et devient l’un des artistes les plus prolifiques de la lagune. Environ 650 oeuvres sur ses 55 ans d’activité (4) le tout produit à moindre coût, très rapidement et en grande partie par son atelier. Il élabore une véritable politique commerciale de « prix cassés » par rapport à ses concurrents,  et une habile stratégie carrièriste qui lui permettront d’obtenir des commandes prestigieuses, et de véritablement se hisser sur le devant de la scène artistique notamment après 1588, une fois le Titien et Véronèse, ses deux grands rivaux vénitiens, décédés. 
Le modeste fils de teinturier est désormais le favori de la haute société vénitienne.

A l’occasion des 500 ans de l’anniversaire de la naissance du Tintoret, le musée du Luxembourg propose une rétrospective pour (re)découvrir cet artiste trop souvent occulté par ses grands contemporains avec  57 œuvres exposées. 
Ici sont mises en avant les 15 premières années de la carrière de l’artiste. Après un tête à tête avec un autoportrait , nous découvrons la plus ancienne peinture connue et conservée du peintre, une Adoration des mages. La scène représentée à partir d’un point de vue bas montre déjà la virtuosité du peintre avec les couleurs ;   La composition, quant à elle  a de quoi  nous surprendre par la façon notamment dont sont traitées la taille et l’attitude des différents personnages, notamment au centre avec un personnage de dos.

Commence alors l’histoire d’une ambition et d’une ascension dans la Venise du XVIème siècle

tintoret adoration des mages.jpg
Le Tintoret, Adoration des mages, vers 1537-1538.  Madrid, museo del Prado (c) Museo Nacional del Prado.

Ce que j’en ai pensé :

Je suis friande de la peinture de la Renaissance vénitienne, moins de celle de ce peintre. Je l’ai toujours trouvé trop sombre et torturé en comparaison avec un Titien lumineux. Cette exposition était pour moi l’occasion de réviser cette position. 
S’il n’est toujours pas mon artiste favori pour cette période, ma visite m’a permis de véritablement redécouvrir le Tintoret. J’y ai fait la rencontre d’un artiste ambitieux ,plein de fougue à l’image de ses œuvres, et de son collaborateur : Giovanni Galizzi (5). En effet, nombre des œuvres exposées reviennent à ce dernier, ou ont été vraisemblablement réalisées en collaboration avec lui. Plus qu’une rétrospective sur le Tintoret, c’est également une valorisation de son atelier et du travail à plusieurs mains.

 

 

Informations pratiques :
Musée du Luxembourg : 
19 rue Vaugirard, 75006 Paris
Du lundi au jeudi 10h30 à 18h / Du vendredi au dimanche 10h30 à 19h lie… 
Entrée 13 euros / Tarif réduit  9 euros

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(1) Une exposition leur avait d’ailleurs été consacrée au musée du Louvre en 2009-2010 : Rivalité à Venise.

(2) Notons que de son temps, ses contemporains n’adhéraient pas tous à son style profondément marqué par la maniera de Michel-Ange qui contrastait assez fortement avec la volupté des oeuvres vénitiennes.

(3) Selon la légende, il aurait été en partie formé dans l’atelier du Titien dont il aurait été exclu avant d’achever sa formation, le maître prenant ombrage du talent de son jeune apprenti.

(4) Estimation faite par Guillaume Cassegrain, spécialiste de la peinture italienne et auteur de plusieurs ouvrages sur le Tintoret dont Tintoret parut en 2010 aux éditions Hazan.

(5) Artiste redécouvert en 1995 par l’américain Robert Echols.


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