Voyage vers le lointain, la peinture s’expose au Quai Branly

Depuis ce 30 janvier 2018, le musée du Quai Branly propose une exposition inédite et entièrement dédiée à la peinture, collection composite proposant des œuvres datant de la fin du 18ème siècle jusqu’au milieu du 20ème siècle. Cela est en soit suffisamment exceptionnel pour constituer une excellente raison d’y aller, à laquelle il faut ajouter un propos riche et d’autant plus intéressant qu’en partie méconnu : un regard contemporain sur l’évolution à travers les siècles de la conception que se fait l’Occident de l’Orient. Voilà deux bonnes raisons pour ne pas manquer cet évènement !
Plus de 200 œuvres sont exposées, dont une grande majorité issue des réserves du musée (1). Vous me direz : « Quoi ? Le musée possède autant d’œuvres dans ses réserves et ne les a jamais exposées avant ? Mais c’est un scandale !!! ». 
J’entends bien votre propos.
Rassurez-vous, quelques une d’entre elles sont exposées de manière permanente sur le plateau des collections, dans la zone Afrique du Nord-Proche Orient.
Ce n’est pas assez ? Rappelons alors que le musée du Quai Branly est dédié avant tout aux « arts premiers » (2) soit des objets issus de cultures non-occidentales OR ces œuvres peintes ont été exclusivement réalisées par des artistes occidentaux. Essentielles pour comprendre l’évolution de notre perception de cultures lointaines, ces œuvres ne coïncident pas avec la fonction première que s’est donné le musée, d’où l’intérêt d’en faire une exposition ! Cela explique le caractère exceptionnel de cet évènement qui prend alors plus de sens.

Initiée à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale (3) de 1931, cette collection de peintures n’a cessé de s’enrichir au fil des ans tout en se faisant discrète depuis son entrée, en 1998, au musée du Quai Branly. Elle est le reflet d’une certaine vision artistique et politique de l’Occident, principalement de la  France sur les peuples, les sociétés et les territoires lointains. Entre fantasme et visée documentaire. Entre onirisme et naturalisme. Avec presque toujours une pointe d’idéalisme. Les bateaux du port d’Alger nous embarquent avec eux à l’autre bout du monde. Vue d’Égypte, désert de Syrie, jardin hindou … 
C’est une véritable invitation au voyage !

Au contact de ces nouvelles cultures on voit la manière des artistes évoluer, ils empruntent à l’art étranger, s’enrichissent à son contact. 
Parmi les exemples les plus surprenants, certainement celui de Jean Dunand, artiste français d’origine suisse (1877 – 1942)  au talent pluridisciplinaire qui apprit la technique de la laque au près d’un artiste japonais (Sougarawa) présent à Paris et devint ensuite l’un des maitres occidentaux dans cette discipline.

Tigre à l'affût
Jean Dunand, Tigre à l’affût, 1930 © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine

La palette des thématiques est riche elle aussi : des paysages à la nature luxuriante et sauvage, des portraits qui dégagent sensibilité ou émotion forte, des œuvres de propagande …
Les artistes sont nombreux, certains peu connus, tel Marcel Mouillot  mais également des grands maîtres, comme Gaugin, Matisse.

Cette exposition est également l’occasion de s’interroger sur le regard que nous avons porté et que nous portons encore sur ces cultures de l’« Ailleurs ». Un regard qui a bien changé depuis 1931. La propagande, signification originelle,  a disparu au profit du rêve et de l’admiration.

A.O.F. - Togo - Cameroun
Jeanne Thil, A.O.F. – Togo – Cameroun© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Enguerran Ouvray

 

Infos pratiques :
Peintures des lointaines
Musée du quai Branly
du 30 janvier 2018 au 6 janvier 2019
10 euros (plateau des collections) / 12 euros (billet jumelé)

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(1) Arts Premiers ou Arts Primitifs. Cette dénomination fait encore polémique. Lire par exemple : « la quête du nom/regards croisés d’un anthropologue, et d’un historien d’art africaniste » en cliquant ici.

(2) Les réserves ne sont plus seulement un lieu de stockage passif, mais sont devenues des zones fonctionnelles de traitement des collections, elles sont   conçues  (dans la plupart des cas) pour favoriser les mouvements des différentes œuvres.

(3) Évènement imaginé au début du siècle pour mettre en avant les « bénéfices » que présentait la colonisation pour l’économie du pays. Le décret qui a lancé l’Exposition en 1928 stipule : elle doit « présenter sous une forme synthétique l’œuvre réalisée par la France dans son empire colonial; l’apport des colonies à la métropole » et avoir « un rôle nécessaire de propagande directe ». Y étaient présentés l’ensemble des colonies françaises et des pays sous protectorat de la France, ainsi que d’autres pays et leurs colonies. Pour en savoir plus je vous invite à consulter le site du Palais de la Porte Dorée construit pour l’exposition de 1931 en cliquant ici.


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