De Paris au Havre : les bords de Seine, paradis des usines

Château Gaillard, l’abbaye de Jumièges, le vieux Rouen, Lillebonne et Honfleur… la vallée de la Seine n’a pas à rougir de son patrimoine historique et naturel. Autrefois source d’inspiration pour les peintres, elle fait aujourd’hui le bonheur des photographes et des visiteurs. Moins connu cependant est son patrimoine industriel, riche, diversifié, loin de l’image traditionnelle de la brique et de la fonte, des cheminées fumantes et des gueules noires des mines du Nord.

Ainsi, à Notre-Dame-de-Bonneville près de Rouen, l’ancienne Corderie Vallois n’a rien d’une usine ordinaire : nichée dans une boucle du Cailly, elle se présente plutôt comme une grosse bâtisse de campagne, couverte du traditionnel essentage d’ardoises ; sa jolie façade blanche a des airs néoclassiques de maison anglaise. Mais une fois passée le pas de la porte, c’est un tout autre monde qui s’offre au regard : un bazar indescriptible de machines, de bobines et de fils, s’actionne, dans une mécanique bien réglée, et chante, dans un même tintouin de cliquetis, de sifflement et de clap ! Les amoureux du patrimoine industriel penseront immédiatement à la Manufacture de Roubaix, où l’on peut voir, aussi, des métiers à tisser en action. Mais la Normandie n’est pas le Nord : ici, c’est l’eau, et non le charbon, qui constitue la grande source d’énergie. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la Corderie Vallois, reconvertie en musée industriel, de présenter encore son installation hydraulique complète, inchangée depuis un siècle, avec sa roue à aube et son système de transmission en état de marche.

La Corderie Vallois dans tous ses états : (en haut) vue depuis la rivière du Cailly ; la roue hydraulique ; les tresseuses mécaniques ; (en bas) les retordeuses à ailettes © Peccadille. Retrouvez en ligne l’excellent d’article d’Orion en aéroplane « La Corderie Vallois, la mémoire vivante de l’industrie rouennaise » (8 juillet 2014)

Industrieuse la Normandie ? Plus qu’on ne le croit en effet, comme en témoigne le récent colloque « Usines en bord de Seine », consacré aux territoires de la seconde révolution industrielle (XXe-XXIe siècles) ou encore l’ouvrage du même nom, codirigé par Marine Simon, doctorante en histoire au GRHis de l’Université de Rouen et Loïc Seron, photographe. Même s’il est vrai que l’historien Jean-François Belhoste a mis en lumière la richesse du patrimoine industriel normand voici plus de 20 ans, c’est animés de la même passion que les acteurs locaux poursuivent sa valorisation. Du reste, la Normandie n’est pas la seule à s’y intéresser : les Archives départementales des Yvelines proposent aussi en ligne un diaporama de photographies anciennes d’usines, de la petite entreprise de campagne aux chantiers de construction navale Shneider, en passant par Singer et les frères Pathé. Si le paysage de l’industrie française a bien changé depuis le XIXe siècle, les vestiges sont, eux, encore nombreux et témoignent de cette intense activité.

Photos © Perygus pour Arts & Stuffs (novembre 2017)

Je vous propose donc une sélection, testée et non-exhaustive, de sites à visiter le temps d’un week-end ou d’une échappée en Normandie, entre Paris et Le Havre.

Construite en 1857 par un magnat local du textile, Charles Levavasseur, cette usine de style néogothique longue de 96 mètres était prévue pour 300 ouvriers. Les quatre tours de 38 mètres de haut dissimulent en fait des cheminées… laissée à l’abandon à la suite d’un incendie en 1874, les ruines ne se visitent pas mais sont visibles depuis la RD reliant Radepont à Pont-Saint-Pierre.

Aménagé en 1999 dans un ancien hangar du port de Rouen, ce musée associatif retrace l’histoire du Rouen maritime et celle de la navigation en général. Il présente notamment une large collection de maquettes de navire et propose à la visite une péniche de 38 mètres de long, baptisée le Pompon-Rouge.

Lors de son ouverture en 1847, la filature de lin « La Foudre » décroche le titre de la plus grande usine de France. Elle doit en particulier son nom à une chaudière récupérée sur un remorqueur, coulé en Seine ; sa conception architecturale fire-proof est également innovante pour l’époque, les colonnes et poutrelles en fonte excluant définitivement l’usage du bois dans le bâtiment. Usine modèle, elle reçoit la visite de Napoléon III en 1857 et emploie près de 700 ouvriers. Reconvertie en pôle technologique, elle se visite en extérieur seulement.

La physionomie urbaine d’Elbeuf étonne : le pan-de-bois voisine avec la brique, les vieilles usines reconverties en logements et boutiques côtoient les immeubles de béton construits à la suite des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Installée dans une partie de l’ancienne usine Blin & Blin, la Fabrique des Savoirs, centre d’interprétation, musée et centre d’archives patrimoniales, propose de revenir sur le passé drapier du territoire et ses trésors.

En activité jusque dans les années 1970 puis transformée en musée, cette ancienne corderie du XIXe siècle a conservé ses machines et son outillage d’origine. À horaires réguliers, les visiteurs peuvent voir leur mise en action et redécouvrir les secrets de fabrication des trois types de cordes qui y étaient confectionnées : les câblées, les moulinées et les tresses.

Un mélange d’extravagance et de tradition : il n’en fallait pas moins pour abriter les secrets de fabrication de la célèbre liqueur, mise au point, dit-on, par un moine vénitien en 1510, et redécouverte par un négociant en vin local en 1863. Tout à la fois monument d’éclectisme, musée d’art des XIVe, XVe et XVIe siècles, lieu de fabrication et de mise en cave, le Palais Bénédictine reste un incontournable, d’autant que la visite se clôt par… une dégustation du précieux nectar !

  • Le Havre

Second port de France avec un trafic de 67,5 millions de tonnes, le port du Havre fondé par François 1er en 1517 n’a pas un, mais deux musées qui lui sont consacrés : le musée de l’Hôtel Dubocage de Bléville d’une part, présente un panorama complet de l’histoire du Havre tandis que le Port Center, lieu d’interprétation et d’expositions, propose des parcours thématiques sur le monde portuaire. Pour les courageux, on se rendra sur les hauteurs de Graville, à l’est du Havre, pour y admirer la vue sur le complexe industrialo-portuaire ; et pour les moins intrépides, on ira prendre un café dans les anciens docks Vauban reconvertis en galerie marchande.


Pour aller plus loin


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