Vis ma vie de héraut.

Je dis bien héraut et non pas héros.On n’a pas encore vu un(e) historien(ne) sauver le monde. …Mais qui sait… Clark Kent (1) était bien journaliste !

Mais alors … qu’est-ce qu’un héraut ? à quoi sert-il ?

Connu en Grèce et à Rome, c’est au Moyen Âge que cet officier que l’on pourrait qualifier de «  chargé de  communication »  a un rôle majeur dans les sociétés de l’Occident chrétiens.

Avant de pousser plus loin, précisons que le terme exact est alors « héraut d’armes ».

Les armes ou armoiries sont « des emblèmes en couleur, propres à une famille, à une communauté ou, plus rarement, à un individu, et soumis dans leur disposition et dans leur forme à des règles spécifiques … servant le plus souvent de signe distinctif à des familles, à des groupes de personnes unies par les liens du sang, elles sont généralement héréditaires. Les couleurs dont elles peuvent être peintes n’existent qu’en nombre limité. Enfin elles sont presque toujours représentées sur un écu. » (2)

armes roi rene
Armes du roi René, issue du Livre d’Heures du roi René conservées à la British Library, Londres.

Proche du simple écuyer à l’origine, le héraut, aux ordres des princes et de la chevalerie,  gagne en importance à la fin du Moyen Âge  alors que parallèlement se développe et se systématise l’utilisation des armoiries (3). Il revêt une dimension diplomatique : celle de messager négociateur. Il délivre des informations pour celui dont il porte les armes et a capacité à analyser les situations et à en rendre compte. 
Il est non armé, sans la moindre valeur de rançon et bénéficie de l’immunité diplomatique. Il est de par sa fonction un voyageur quasi permanent, il peut se déplacer librement dans le royaume, mais aussi d’une cour à une autre, et à moindre risque sur les champs de bataille aussi bien qu’en territoires ennemis. A titre d’anecdote, cette immunité fait qu’il peut par exemple aller recevoir le testament d’un chevalier agonisant au milieu d’une confrontation … pratique si ce dernier n’avait pas pris ses précautions avant de partir en guerre. 
La caractéristique principale de cette fonction est de bien connaitre la généalogie, l’histoire et notamment les faits d’armes, les signes de distinction des familles seigneuriales ou autres entités, et une connaissance très poussée des armoiries. Pour cela était nécessaire un certain nombre d’années d’études. Cela étant la théorie, dans la pratique il n’est pas certain que les hérauts aient été si instruits en la matière, cela reste un débat chez les historiens.

La tradition de la chevalerie, telle qu’elle existait au Moyen Âge a périclité avec le temps. Si les hérauts n’ont pas disparu (4), leur nombre ainsi que leur fonction  sont désormais considérablement limités. De nos jours, cette dernière  se résume généralement à enregistrer, attribuer et parfois vendre des armoiries.

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Alphonse le Magnanime – Armorial de l’ordre de la Toison d’Or. Paris, Bibliothèque de l’Arsénal, ms. 4790, f. 108r, miniatura n.º 228.5​

La science héraldique n’a pas pour autant disparue. Mais très souvent elle est dorénavant l’apanage des historiens, du moins de certains spécialistes, le plus célèbre/médiatisé en France étant Michel Pastoureau.

Cette spécialisation ne se limite pas aux armes : elle inclue ce que l’on appelle la « devise ». Cet élément apparaît à la fin du Moyen Âge et se caractérise par un « dessin «  – souvent un animal, parfois une plante – associé à un mot (5). La devise est une emblématique qui existe en parallèle des armoiries, mais au contraire de celles-ci la devise n’est pas héréditaire, libre à chacun de  trouver/créer la sienne.
Vous me direz : mais à quoi bon savoir reconnaître des emblèmes médiévaux ? 
À la même chose que sert le latin, le grec, ou l’histoire de l’art qui est finalement la capacité à comprendre le langage artistique. Cela permet de comprendre l’histoire, de l’analyser, de s’enrichir. S’il ne faut pas se perdre dans le passé, il est utile de le comprendre. Christine de Suède, en 1682 déjà,  écrivait « la science de ton passé est ton passeport pour l’avenir ».

L’héraldique est un langage documentaire qui permet d’identifier clairement des individus, familles ou groupes.
Dans le cas de l’histoire de l’art c’est un atout précieux notamment pour identifier les commanditaires ou les destinataires de certaines œuvres, par extension cela permet de les restituer temporellement et géographiquement.


Pour les historiens, l’héraldique est un élément important parmi ceux qui concourent  à décrypter l’Histoire. Ainsi dans les châteaux de la Loire on retrouve souvent l’emblème –signe d’identité – de François Ier : la salamandre. Cela ne signifie pas pour autant que le souverain ait possédé l’ensemble de ces demeures, son emblème pouvait être représenté également en signe d’allégeance !
Au château de Fontainebleau en revanche les emblèmes nous permettent de retrouver la trace de la presque totalité des prestigieux souverains qui y ont séjourné et qui y ont effectué des travaux. Parmi eux les F de François Ier que l’on retrouve dans la galerie du même nom.

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Château de Fontainebleau, galerie François Ier (c) Cergyrama

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Curieux, je vous invite à lire  : l’ouvrage de Claude Wenzler, Le guide de l’héraldique (Éd. Ouest France, 2015) et/ou celui de  Michel Pastoureau, L’héraldique au Moyen-Âge (Ed. du Seuil, 2009)

Sachez que la législation française considère l’usage des armoiries comme libre et licite. Toute personne, famille, groupe ou collectivité est en droit de porter des armoiries, anciennes ou nouvellement crées, sous réserve de ne pas les usurper à des tiers.
Vous pouvez créer vos propres armoiries sur  en cliquant ici

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(1) Clark Kent AKA Superman.

(2) Remi MATHIEU, Le système héraldique français.

(3) Les premières règles héraldiques semblent s’établir au cours du XIIIème siècle, et être le fruit d’une nécessité d’ordre militaire : auparavant au XIème siècle les chevaliers peu ou pas reconnaissables sous leur équipement, arboraient des signes de reconnaissance peints sur leur bouclier, mais sans aucune codification, ce qui produisait confusion et chaos. D’après les sources, c’est à partir de 1220/30 que l’on constate au sein de la noblesse et de la société non noble des armoiries répondant à des règles de composition précises.

(4) Il en existe toujours notamment au Canada et au Royaume-Unis avec le College of Arms.

(5) Aujourd’hui seul « le mot » est qualifié de devise. Il faut bien avoir à l’esprit qu’au Moyen Âge, la devise est définie aussi et avant tout par un emblème. Ainsi Jean de Berry avait pour devise un ours associé au mot « le temps viendra ».

 


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