Les Hauts-de-France à l’heure italienne

Les Heures Italiennes se développent dans plusieurs musées français, cet article est donc susceptible d’être modifié/enrichi au fil de mes visites – notamment au niveau des visuels, sous réserve que les photos soient autorisées.

Le patrimoine français est riche et ne peut être résumé aux grands musées parisiens comme nous le prouve la quadruple exposition intitulée « Heures Italiennes » (1) qui se tient dans la région des Hauts-de-France depuis mars dernier.
231 tableaux, issus de 13 musées et d’une dizaine d’églises picardes, allant du XIVème jusqu’au XVIIIème siècle.
Exposition à laquelle il faut également ajouter 14 expositions satellites, principalement dans le Nord-Pas-de-Calais, qui viennent compléter et augmenter le propos.

À l’origine de ce projet l’I.N.H.A. (2) qui en 2001 avait lancé un grand recensement des peintures italiennes dans les collections publiques françaises. Près de 14.000 peintures (3) allant du XIIIème siècle au XIXème.
Face à l’ampleur des (re)découvertes faites en Picardie, il a été imaginé d’offrir au public l’occasion de découvrir cet exceptionnel patrimoine. La fusion de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais a permis d’élargir considérablement le contenu de ce riche projet. Pour cela 4 sites d’importance et une ordonnance chronologique :

Amiens et le musée de Picardie
Visité le 23 mai 2017.

C’est ici que commence ce « grand tour » (4) de l’Italie. Dans la chapelle néoclassique du musée une vingtaine de tableaux sont exposés, presque exclusivement des œuvres de dévotion. Petits panneaux, éléments de prédelle  ou grands retables montrent la diversité de la production à la fin du Moyen Âge. Les réalisations s’échelonnent de la seconde moitié du XIVème au début du XVIème siècle, à peine 2 siècles qui permettent de souligner les importantes évolutions que connait alors la production picturale, passant du gothique international aux prémices de la Renaissance.

musée de picardie amiens.JPG
Amiens, musée de Picardie, détail du plafond de la chapelle (c) Arts & Stuffs

Les habitués des grandes expositions resteront certainement sur leur faim, heureusement l’aventure continue au château de Chantilly !
Courte cette présentation ne manque pas de charme pour autant, certes le lieu joue pour beaucoup mais les œuvres également. Pour ma part ce sont les peintures gothiques qui m’ont le plus séduites.

Shot with DXO ONE Camera
Angello Puccinelli, La Vierge d’humilité, vers 1375-1380. Fontaine-Chaalis, abbaye royale de Chaalis, musée Jacquemart-André (c) Arts & Stuffs

Informations pratiques :
Heures italiennes XIVème-XVème siècle
Chapelle du Musée de Picardie – Ouvert du mardi au dimanche
Du 10 mars au 2 juillet 2017-05-2
2 euros l’entrée / gratuit pour les moins de 26 ans

Chantilly et le château
Visité le 12 juin 

Pour la deuxième étape nous plongeons au cœur de la Renaissance !
La Picardie a connu de nombreux collectionneurs d’art, parmi les plus célèbres : le duc d’Aumale, ancien propriétaire du domaine, qui avait un goût très prononcé pour l’art italien. Impossible donc de faire une exposition sur la peinture italienne en omettant Chantilly, d’autant plus que le domaine se vante d’être la seconde collection de peinture – ancienne – en France après le musée du Louvre ! Et pour cause ! Raphaël est représenté trois fois, de même quelques élèves de Léonard de Vinci sont aussi là ou encore le Titien, Guido Reni …etc.
Aux collections d’origine, déjà riches, sont venus s’ajouter d’autres chefs-d’œuvre, pour cela il a fallu composer avec l’accrochage voulu par le duc d’Aumale (5). Outre la salle à manger et la galerie de Psychée réquisitionnées exprès pour l’exposition, le visiteur est encouragé à découvrir d’autres éléments de celle-ci au milieu des collections permanentes/foisonnantes.

On note l’évolution par rapport au premier chapitre de l’exposition, si les thèmes bibliques ont toujours leur importance, il y a aussi désormais des scènes mythologiques !
Autre nouveauté, dans l’ensemble des œuvres le paysage prend peu à peu de l’importance. Il se codifie et devient par la suite un genre à part entière.

Mon coup de coeur ? Les peintures impressionnistes, au style léché et aux couleurs vives !

heures italiennes 2.JPG
Francesco Salviati (entourage), La Charité, vers 1550

Informations pratiques : À dévorer du 12 octobre 2016 au 25 juin 2017
Heures italiennes la Renaissance
Château de Chantilly – Ouvert 7 j/7 en saison haute
Du 24 mars au 2 juillet 2017
17 euros plein tarif / 10 euros en tarif réduit (visite domaine inclus)

Beauvais, le MUDO et le Quadrilatère 
Visité le 14 juillet

Pour la 3ème étape de cette aventure c’est plus de 80 tableaux qui ont été réunis et répartis sur deux sites. C’est l’exposition la plus ambitieuse de l’évènement.

Principalement dédiée au XVIIème, ce chapitre possède également un riche collection XVIème siècle qui permet de faire la transition avec le volet précédent. On peut notamment y observer l’émancipation du paysage, la place de choix du portrait ou encore le développement de genre « mineur » dont des scènes du quotidien.

beauvais bis.jpg
Giovanni Martinelli, (attribué à), Suzanne et les vieillards, huile sur toile, 174 x 233 cm, Amiens, Musée de Picardie © C2RMF/Pierre-Yves Duval. Œuvre exposée au Quadrilatère.

Le musée de l’Oise (MUDO) se concentre sur la peinture caravagesque alors que le Quadrilatère propose principalement le dialogue entre de grands formats qui vont illustrer les grandes thématiques de la peinture baroque.

Informations pratiques :
Heures italiennes, le naturalisme et le baroque (XVIIème siècle)
MUDO – Musée de l’Oise – ouvert tous les jours sauf le mardi 
du 27 avril 2017 au 17 septembre 2017
Le Quadrilatère – ouvert du mardi au dimanche
Entrée libre

Compiègne et le palais impérial 
Date de visite à définir sur août

Ce « grand tour » de l’Italie se poursuit et s’achève au XVIIIème siècle. 70 œuvres qui s’appuient sur la déjà riche collection d’œuvres italiennes, et notamment vénitiennes, du palais. L’approche typologique prime ici, il s’agit de découvrir les goûts de l’époque.

compic3a8gne.jpg
Francesco Guardi, Vue de l’entrée d’un chenal, huile sur bois, 17 x 26 cm, Amiens, musée de Picardie

Ce sont des éléments de décors qui ouvrent la marche, en effet l’une des principales activités des artistes de l’époque était de décorer églises mais aussi les palais et grandes demeures. On apprécie notamment les dessus de portes en grisailles ! 
En fin de parcours une salle est consacrée aux paysages, genre devenu désormais indépendant ! Les exemples les plus célèbres étant les vedute – paysages urbains (6) – de Guardi à Venise ou encore de Panini (rien à avoir avec le sandwich) et les ruines romaines.

Informations pratiques : 
Heures italiennes, peintures du XVIIIème siècle 
Palais impérial de Compiègne – ouvert tous les jours sauf le mardi 
Du 9 mars au 21 août 2017 
9euros 50 plein tarif / 7euros50 tarif réduit.

Ajoutez à ces quatre temps forts, les 14 expositions satellites – qui pour certaines se trouvent dans les mêmes villes que les grandes expositions – et voilà de quoi nous occuper sainement cet été !

Retrouvez l’ensemble de la programmation en cliquant ici 

Pour aller plus loin je vous recommande le hors-série de L’objet d’art (n° 110, mars 2017) dédié à cette riche exposition ou si vous avez les moyens, le catalogue – 39euro !

————————————

(1) Le titre Heures italiennes est une allusion à l’ouvrage éponyme d’Henry James. L’américain – il n’est devenu anglais qu’un an avant sa mort – raconte dans cet ouvrage ses voyages en Italie. Il y décrit la richesse des villes de la péninsule, de ses monuments, des œuvres et des artistes qui l’ont faite.

(2) Institut National d’Histoire de l’Art.

(3) Cela correspond plus ou moins à 1/3 des œuvres exposées au Musée du Louvre (35.000 œuvres présentées au public dans les collections permanentes).

(4) On dit que « voyage forme jeunesse ». Dès le XVIème, mais surtout à partir du XVIIème siècle voyager en Italie pour parfaire son éducation devient une étape obligatoire. Rome, Naples, Florence, Venise… des voyageurs de l’Europe entière se pressent ! On parle alors du « Grand Tour ».

(5) Le duc d’Aumale, dernier propriétaire de Chantilly, n’avait pas de descendant direct. Il décida donc de léguer à sa mort son domaine et ses collections à l’Institut de France, sous réserve que le château devienne un musée ouvert au public et que sa présentation soit conservée et les œuvres jamais prêtées.

(6) Au singulier veduta (du verbe vedere voir en italien) qui signifie « ce qui se voit » et par extension « comment on le voit ».

 


Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s