Espèce d’Ours : une exposition GROAAAR !

Cannelle. C’est lors d’une visite commentée que nous avons fait sa connaissance. Une visite presqu’entièrement consacrée à son histoire. Au début on s’attend à voir une belle oursonne au poil brun doré, sortie tout droit d’un film de Disney. Et puis non. Sans doute à cause de l’éclairage, elle est apparue dans une robe grise, avec des nuances pâles, d’autres plus texturées, presque cotonneuses, un peu comme le ciel des Pyrénées annonçant une chute de neige. C’est de là qu’elle vient, Cannelle. La conférencière nous a raconté son histoire, un peu triste, mais avec une dignité sobre et belle. C’est la dernière représentante de la lignée pyrénéenne des Ursus arctos, l’ours brun. Elle a été tuée le 1er novembre 2004 par un chasseur, lors d’une battue. Les circonstances de sa mort sont restées floues, mais l’écho du drame, lui, a été retentissant. Sa dépouille a été conservée à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, le temps de l’instruction judiciaire, puis Cannelle a été naturalisée par le muséum d’histoire naturelle de Toulouse. C’est ce dernier qui l’a « prêté » le temps de l’exposition au Museum de Paris.

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Cannelle, conservée au Muséum de Toulouse et prêtée au MNHN pour Espèces d’Ours ! (c) Fred Scheiber

Dans le petit groupe de visiteurs, il y a eu des réactions, assez variées, allant de l’indignation à la révolte. Certes, son ourson, Cannellito (1), lui a bien survécu, mais il ne porte que 50 % des gênes propres à la souche pyrénéenne, l’autre moitié étant d’origine slovène. L’histoire de Cannelle pose donc clairement la question de la survie des ours dans les Pyrénées, alors même que sa présence y est attestée depuis des centaines de milliers d’années. Un exemple pris parmi d’autres. Car Espèces d’ours ! ne raconte pas une, mais des histoires d’ours, à travers le monde, des massifs d’Amérique du Nord aux forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, en passant par les montagnes d’Europe et de la France. Et c’est assurément la grande réussite de cette exposition. On prend conscience, au gré de la visite, que d’animal noble, divinisé dès la Préhistoire, assimilé à la mythologie royale comme symbole de puissance, il est devenu la bête traquée, incomprise, tournée en ridicule sur les foires et les marchés. Le mur d’ours en peluche, lorsque s’annonce la fin de l’exposition, rappelle que son image est partout dans le folklore, la littérature, le cinéma. À lui seul, ce produit de l’industrialisation en apparence inoffensif incarne les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la préservation de l’ours : le commerce international illicite et le braconnage, l’empiètement de son habitat naturel et le recul rapide des glaces polaires, l’ingestion de nombreux polluants (l’ours est un omnivore)… l’impact de l’homme dépasse largement le seul contexte de la chasse.

L’exposition dénoue la complexité des problématiques liées à la préservation de l’ours en proposant, en tout premier lieu, de faire connaissance avec ce grand mammifère : 25 spécimens d’ours naturalisés, et plus d’une vingtaine de pièces ostéologiques (2), sont présentés, offrant ainsi aux visiteurs l’opportunité de découvrir l’incroyable richesse des ursidés. Comme on pouvait s’y attendre, les dispositifs interactifs ne manquent pas : projections et documentaires, bornes multimédias, outils de médiation numérique, dont une table tactile permettant de ressentir la température d’une marmotte et celle d’un ours en hibernation ou en activité… En filigrane, l’exposition invite à nous poser la question de notre propre rapport à l’environnement, de notre façon de vivre et de consommer, de percevoir le vivant. Espèce d’ours ! c’est aussi (un peu) une exposition sur l’Homme.

Informations pratiques :
À dévorer du 12 octobre 2016 au 25 juin 2017
Muséum national d’histoire naturelle de Paris
11 euros / 9 euros tarif réduit
Ouverture de 10h à 18h, tous les jours de la semaine, sauf le mardi

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(1) Peut-être par manque d’inspiration, ou pour mieux sensibiliser le public sur la préservation de l’ours en France, l’association Pays de l’ours Adet a ouvert en 2016 un vote sur Internet pour attribuer un nom aux derniers nés des ours des Pyrénées. Les 10 500 votants ont préféré : Cachou, Flocon et Michka pour les oursons mâles ; Réglisse, Bulle et Edelweiss pour les oursons femelles. Indéniablement, le public aura fait preuve d’une malicieuse inventivité.

(2) L’ostéologie est la « science des os » ; à la croisée de l’anatomie, de l’archéologie et de l’anthropologie, elle étudie la structure des éléments osseux, leur morphologie ainsi que les pathologies pouvant les affecter.


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