Intrigue chez les Arnolfini

Le portrait dit des époux Arnolfini réalisé par Jan van Eyck est à la National Gallery, ce que la Joconde, de Léonard de Vinci, est au musée du Louvre. A peu de choses près. Vous y avez tous été confrontés au moins une fois dans votre vie. Vous ne me croyez pas ? Revoyez le générique de « Desperatee Housewives » avant de dire non trop vite.

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Jan van Eyck, portrait présumé des époux Arnolfini, 1434. Londres, National Gallery.

Un homme et une femme sont représentés dans une chambre luxueusement apprêtée. Ils se regardent mais leur regard ne se croisent pas, à leurs pieds un petit chien qui regarde semble-t-il vers nous. Ce qu’il regarde en réalité ce sont les deux hommes représentés de face dans le miroir. Regardez bien, dans le fond du cadre.

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Jan van Eyck, portrait présumé des époux Arnolfini (détail), 1434. Londres, National Gallery.

Au-dessus se trouve une inscription « Johannes de Eyck fuit hic 1434 » que l’on peut comprendre comme : Jan van Eyck fut ici en 1434. Ou peut-être l’artiste a-t-il voulu dire dans un latin malhabile « Jan van Eyck fut celui-ci en 1434 » ? Car rien ne certifie qu’il s’agit bien là du portrait des époux Arnolfini, riches marchants italiens établis à Bruges. Alors comment savoir ?

Ce n’est pas l’homme au turban, prétendu autoportrait de Jan van Eyck, exposé à côté qui vous donnera la réponse. Sous son air sévère il semble s’amuser de tout ce mystère et de notre persistance à vouloir le résoudre.

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Jan van Eyck, l’homme au turban rouge, 1433. Londres, National Gallery.

Cette œuvre a fait couleur beaucoup d’encre depuis son entrée à la National Gallery de Londres, en mars 1843. Toutes les hypothèses possibles et imaginables ont été envisagées.

Portrait d’un homme et de sa femme ? De Jan van Eyck et de sa femme ? De Sieur Arnolfini et de son épouse ? Mais en 1434, celle-ci était décédée. Qui est donc cette femme ? SUSPENSE.

Jean-Philippe Postel ne développe aucune idée nouvelle, il ne fait que reprendre des faits déjà énoncés, il les recoupe entre eux et parvient à une hypothèse qui arrive à nous convaincre. Car quoiqu’il puisse en dire – probablement car cela sonne mieux d’écrire que l’on détient la vérité – cela reste une hypothèse. Il n’y a aucun moyen de prouver ses dires. C’est aussi ce qui fait tout le charme de l’œuvre de Jan van Eyck. Elle est pleine de sens. Sa minutie du détail alliée au symbolisme médiéval rendent ses tableaux d’une richesse extrême.

Notez que l’auteur n’est ni historien, ni historien de l’art, ni conservateur. Il vient même d’un tout autre milieu professionnel que celui de la culture et du patrimoine : celui de la médecine. Ancien médecin généraliste, il affirme ici appliquer les méthodes de l’observation clinique à l’observation picturale. Et cela marche ! Si tout n’est pas à prendre au pied de la lettre, l’auteur s’est fort bien documenté comme le souligne la bibliographie ce qui lui permet d’offrir un discours cohérent et captivant.

Jean-Philippe Postel, L’affaire Arnolfini, Actes Sud, Paris, 2016.

E.E.

 


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