Par défi j’ai lu le « Métronome 2 » : verdict.

Lorsqu’en septembre dernier je me suis retrouvée nez à nez avec une représentation grandeur nature de Lorànt Deutsch à côté d’un étale de livres – où se trouvait également l’image de Lorànt Deutch – sobrement intitulé  Métronome 2 – Paris intime au fil de ses rues, j’ai tout d’abord cru que mon rhume avait dégénéré et me faisait halluciner.

La surprise passée, mon premier réflexe fut de prendre une photo et de la poster sur Facebook pour me scandaliser comme il se doit. Il y eu tout d’abord les historiens, comme moi, outrés, puis les non historiens qui me reprochaient d’être jalouse de son succès.

Parenthèse – Arrêtons avec cette excuse. Non. Les historiens ne sont pas jaloux de Lorànt Deutch (1). Les historiens sont en colère que Lorànt Deutsch, grâce à son « renom », diffuse des faits qui sont faux. Vous me direz ce n’est pas grave s’il a dit que ce sont les Goths qui ont importé le style gothique en France (2). Effectivement il n’y a pas mort d’homme. Cependant accepter ce genre de tromperie, c’est accepter tout genre de mensonge et la possibilité de se faire manipuler. Donc oui, présenter pour vraies des choses avérées fausses c’est problématique – fin de la parenthèse.

Enfin il y a eu ce perfide ami qui m’a dit que je devrais le lire pour en faire une critique. Femme de défi j’ai donc acheté le dernier opus de Lorànt Deutsch et l’ai posé dans mon salon. Les jours ont passé. Puis les semaines. Sur la première de couverture, Lorànt me regardait, furieux. Y compris en retournant l’ouvrage, son regard semblait me transpercer et m’observer. Il fallut me résoudre à ouvrir le livre.

Le Métronome 2 ne se lit pas comme un roman. Il se feuillette. Se picore. Ce n’est pas l’Histoire de Paris qui se dessine au fil de la lecture, ce sont des petites histoires. L’auteur nous rapporte des anecdotes sur différents lieux de la capitale. Le palais du Louvre se trouve ainsi résumé en une page à un épisode de l’Histoire : Henri IV vient de se faire assassiner, Marie de Médicis marmonne dans sa barbe « Le roi est mort . Le roi est mort . » tandis que le chancelier lui répond magistral « LES ROIS NE MEURENT JAMAIS EN FRANCE ! ».

Bravo ! Houra ! La médiéviste en moi ne se remet néanmoins pas de voir l’Hôtel des Abbés de Cluny et les thermes occultés.

Il est difficile avec ce nouveau volume de vérifier la véracité de l’ensemble des propos. Je ne saurais vous affirmer si Guillotin, au sujet de la guillotine, s’est véritablement exclamé « avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil » (p. 114) ni si en 1808, Napoléon déclara au sujet de la maison du temple « il y a trop de souvenirs dans cette prison-là » (p.265) avant de la faire raser. Il y a probablement peu de personnes encore de ce monde capables de le faire. On notera néanmoins qu’il occulte certaines choses comme la troisième campagne de travaux réalisés de la Sorbonne de 1881 à 1901 en vue de l’exposition universelle (p40-42), alors que les deux premières sont « parfaitement » expliquées.

L’histoire de la capitale reste en filigrane au milieu des contes. Il est peu aisé de faire le lien entre les différents éléments dispersés d’un chapitre à l’autre, sans fil chronologique.

On ne comprend pas non plus sa manie, nouvelle, de distribuer des définitions de mots tout au long de son récit. Vous pouvez ainsi apprendre que la Pharmacie est la science de la préparation et de l’administration des médicaments…

Comédien, historien et désormais sémiologue !

Je reconnaîtrais néanmoins le mérite à Lorànt Deutsch d’avoir, semble-t-il, écouté les critiques qui lui ont été faites. Le mot HISTOIRE a été retiré du titre, il ne se prétend plus ce qu’il n’est pas et se remet à sa place de passionné d’histoire (3) et son ouvrage présente désormais une bibliographie où apparaissent quelques ouvrages de référence. De plus, cette fois-ci il ne se présente plus, sur la première de couverture, avec une pile de livres supposés témoigner de sa culture. Cela ne suffit pas, selon moi, à en faire un ouvrage qui vaille la peine d’être lu. Voici une sélection d’études plus méritoires (4) :

Y. Combeau, Histoire de Paris, Paris, 2016.

B. Bove & C. Gauvard (dir), Le Paris du Moyen Âge, Paris, 2014.

J. Favier, Paris. Deux milles d’histoire, Paris, 1997.

A. Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris, Paris, 1996.

R. Gagneux & D. Prouvost, Sur les traces des enceintes de Paris. Promenade au long des murs disparus, Paris, 2004.

Notez qu’à mon grand regret, j’ai parfaitement conscience, avec cet article, de contribuer à la promotion de l’ouvrage de Monsieur Deutsch.

———————————-

(1) Le problème comme le pensent beaucoup n’est pas non plus dans le fait qu’il fait de la vulgarisation. Le travail premier d’un historien est d’ailleurs d’être capable de s’adapter à tout public pour diffuser sa connaissance. Le problème avec Lorànt Deutch est qu’il vulgarise la vulgarisation en reprenant des idées réfutées depuis et en les présentant comme vérités absolues. Cela est d’autant plus dérangeant qu’il se prétend historien comme le soulignent les titres de ses ouvrages : Métronome – l’HISTOIRE de France au rythme du métro parisien, HISTOIRES de France. Lorànt Deutsch est passionné pas historien. Cela serait moins problématique s’il n’osait pas dénigrer les étudiants en Histoire comme il l’a fait l’an passé sur France Inter. Cela devient même embarrassant lorsque l’on sait que le soi-disant « historien archiviste » qui l’aide, Emmanuel Haymann, est un historien qui a à son actif la biographie de Jean Reno et d’Alain Delon

(2) Affirmation faite dans le Métronome par Lorànt Deutch en 2009. Cela est mentionné avec d’autres erreurs dans cet article des Inrocks.Les wisigoths n’étaient plus en France depuis longtemps lorsque le gothique s’est développé. Le gothique s’est développé en France et non, ce n’est ni un art barbare ni monstrueux. Mais c’est monstrueux de le penser. Vous pouvez en apprendre plus en cliquant ici 

(3) On notera également qu’il apparait plus modéré sur le sujet dans ses dernières présentations comme on peut le voir dans son interview dans le Parisien .

(4) Il existe évidement nombre d’autres livres sur Paris qui méritent d’être lu, il ne s’agit ici que d’une sélection sommaire d’ouvrages généraux.


Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s