La rentrée culturelle 2016 #1

Septembre. C’est la rentrée !

Qui dit rentrée des classes, dit également rentrée culturelle. L’occasion pour les musées et autres institutions culturelles de proposer un nouveau regard sur la création artistique et sur les artistes eux-mêmes. L’effervescence est à son maximum. Les ouvertures d’expositions s’enchaînent.

Que faire ? Que choisir ? Voici ma sélection des expositions de la rentrée :

Les temps mérovingiens au Musée de Cluny à partir du 26 octobre jusqu’au 13 février 2016.

les-temps-merovingiens_xl

Le musée de Cluny est certainement l’un de mes préférés. Légèrement à l’écart des grands boulevards, il n’attire pas les foules et offre la possibilité de déambuler tout à son aise. Une pause bien méritée dans le tumulte et la précipitation parisienne. Le musée a de plus l’art et la manière de présenter des expositions traitant de sujets méconnus du grand public.

Cette fois c’est aux temps mérovingiens que s’attaque le musée. 3 siècles d’histoire. Du baptême de Clovis – vers 496, en passant par Dagobert – qui d’ailleurs n’a jamais mis sa culotte à l’envers (1) – à la chute du dernier roi « fainéant » en 751(2), Childéric III. Entre idéal impérial romain et traditions franques, paganisme et christianisme, les Mérovingiens sont parvenus à établir une monarchie dont les 150 œuvres présentées au musée de Cluny viennent souligner la brillante culture et tordre le cou aux idées reçues (3).

Bouchardon (1698-1792) – Une idée du beau au Musée du Louvre du 14 septembre au 5 décembre.

gagnez-votre-place-pour-l-expo-bouchardon-une-idee-du-beau

 

Suite d’uneannée 2016 fut dédiée au XVIIIème au musée du Louvre. Cette exposition s’inscrit dans la volonté du musée de mettre en valeur ses propres collections or il possède justement la plus belle collection de sculptures et de dessins – parce qu’un sculpteur ne fait pas que sculpter (4) – de l’artiste. C’est aussi l’occasion de consacrer à cet artiste sa première rétrospective.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de Bouchardon, retenez qu’il était l’un des meilleurs si ce n’est le meilleur de son temps. Il sera rappelé de Rome – où il était pensionnaire de l’Académie Française – pour devenir sculpteur officiel du roi de France et obtiendra un logement ainsi qu’un atelier au Louvre (privilège rare). Diderot et d’Alembert le citèrent comme référence absolue dans leur Encyclopédie. Après les effusions du baroque, Edme Bouchardon retourne au classique et lui offre un nouveau souffle. Lorsqu’il copie le faune barberini il offre à sa version plus de sensualité qu’à l’antique original. Maillon entre deux époques. Il est le précurseur du néoclassicisme.Au travers d’un parcours mi-biographique, mi-thèmatique, l’exposition du Louvre permet d’appréhender l’esthétique de cet artiste. Sorte d’équilibre parfait entre la référence à l’antique et la fidélité à la nature. La confrontation avec le dessin permettant ici d’appréhender le travail préparatoire, un travail chronophage et d’une grande minutie, en quête du beau idéal.

Fantin-Latour – à fleur de peau au Musée du Luxembourg du 14 septembre au 12 février 2016.

214177-fantin-latour-l-exposition-au-musee-du-luxembourg

Mais qui est ce Fantin-Latour qui s’affiche au musée du Luxembourg ? Un peintre. « La peinture es mon seul désir, mon seul but » écrivait-il en 1853. Qu’est-ce qui a fait son renom ? Principalement ses portraits de groupes mais pas que, ses natures mortes également dont les anglais étaient particulièrement friands. Ces deux éléments ont donc une place de choix dans cette exposition monographique qui se déroule chronologiquement, nous permettant de voir ainsi la récurrence de ces thèmes.

Dès le départ saute aux yeux la franchise avec laquelle Fantin-Latour peint. Y compris dans ses autoportraits de jeunesse, en plein courant romantique, le jeune artiste peint avec une sincérité qui tranche avec la production de l’époque. Il faut représenter la réalité. C’est un véritable culte qu’il voue à la nature, tant et si bien qu’il ne pourra jamais être catalogué dans un courant ou un autre.

Le titre nous spécifie « à fleur de peau ». Nous couvrons la personnalité de l’artiste salle après salle. Le musée du Luxembourg est un écrin idéal avec ses salles intimistes. Toute œuvre impersonnelle, telles que les portraits de commande, copies du Louvre, ont été exclues. Se dévoile alors un Fantin-Latour sensible et quelque peu misanthrope. C’est ce dernier élément qui frappe le plus au cours de l’exposition : le peintre a du mal avec les modèles à peindre c’est pour cela qu’il préfère peindre ses sœurs lorsqu’elles sont occupées, des fleurs ou encore réalisé ses œuvres en prenant des photos pour modèle (5).

L’œil de Baudelaire au Musée de la Vie Romantique du 20 septembre au 29 janvier 2016

mupi_baudelaire_31-05

Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible – dont le doigt nous menace et nous dit : « souviens-toi ! » (6). Lorsque l’on pense à Charles Baudelaire on pense automatiquement à l’auteur des Fleurs du Mal, moins au critique d’art. Il fut pourtant avec Diderot l’une des plumes les plus affutées à s’intéresser à la production artistique de son temps. Baudelaire ne ménage pas ses mots. Il ne cache pas sa méprise de la peinture officielle d’Horace Vernet, de la « tristesse » de celle d’Ary Scheffer (7). Il écrivit d’ailleurs au sujet de ce dernier « c’est un poète sentimental qui salit les toiles ». Sa référence est Delacroix, le « chef de l’école moderne » pour reprendre ses mots (8).

Le poète à l’œil critique et la plume acerbe. Tant et si bien qu’il est appelé par ses contemporains le « prophète de l’âge moderne ». A l’occasion des 150 ans de la mort du poète, le musée de la vie romantique lui consacre une exposition où se noue le dialogue entre les écrits de Charles Baudelaire et les œuvres qu’il commente. Tout simplement délicieux. On regrettera cependant qu’il n’y ait pas plus de folios explicatifs à disposition des spectateurs peut-être plus nombreux que ce qui était attendu.

E.E.

Psssssssssst…… La suite des expositions de la rentrée c’est par ici.

 

(1) La chanson Le bon roi Dagobert date de la fin du XVIIIème – début XIXème siècle. Elle n’avait aucune vocation historique et cherchait simplement à ridiculiser la monarchie.

(2) L’appellation de « rois fainéants » pour désigner des rois mérovingiens ne se base pas sur le fait que les rois mérovingiens aient été particulièrement paresseux, bien que sur la fin peu ont marqué l’Histoire de leur nom. Cette désinence est due à un certain Eginhard, biographe de Charles, qui légitimait ainsi la prise de pouvoir des Carolingiens. Il écrivait « [les Mérovingiens] n’avaient plus de roi que le nom ». Historiquement le temps des rois dits fainéants s’étend de la mort de Dagobert en 638 à la chute de la dynastie mérovingienne en 751.

(3) Pour ceux qui souhaitent en apprendre plus sur les Mérovingiens vous pouvez également vous référer à l’ouvrage suivant : R. Le Jean, Les Mérovingiens, PUF, 206.

(4) Le dessin est une étape cruciale de l’apprentissage d’un artiste et de la réalisation d’une œuvre. Le dessin permet de définir son dessein !

(5) Cet aspect de sa personnalité devient parfaitement clair lorsque l’on sait qu’il a réalisé plus de 500 natures mortes et qu’il avait une collection de photos méthodiquement classées selon le modèle dont il avait besoin  : dos, fesses… etc

(6) Extrait de l’Horloge. Le thème du temps est classique dans la poésie romantique et dans les Fleurs du Mal. Pour Charles Baudelaire, le temps un poids, démesurément long. Quand le poète s’ennuie c’est un supplice.

(7) Ce qui est assez cocasse lorsque l’on se souvient que le musée de la Vie Romantique est établi dans l’ancienne demeure d’Ary Scheffer et que ses peintures constituent un fond important du musée.

(8) Pour pousser plus loin je vous conseille de lire : Baudelaire, Ecrits sur l’Art, 1992, Paris.

 

 


3 réflexions sur “La rentrée culturelle 2016 #1

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s