Penny Dreadful : la culture du fantastique horrifique

Penny Dreadful. Qu’est-ce donc ? Une série télé. Oui. Mais encore ?

Il s’agissait à l’origine de petits-romans feuilletons, illustrés, vendus pour 1 penny dans l’Angleterre du XIXème siècle.

À l’époque victorienne marquée par  la révolution industrielle la Grande-Bretagne vit des années économiquement prospères.  En 1851, la première Exposition universelle à Londres illustre un âge nouveau et témoigne de la grandeur du Royaume-Uni qui domine un empire colonial grandissant sans cesse et qui d’autre part devient le géant industriel du monde.

Mais socialement le royaume  traverse  une crise bien réelle ou « période noire » selon certains historiens. Malgré les progrès économiques, scientifiques et techniques une profonde dégradation de certaines conditions de vie et  plus globalement de la condition humaine se constate, essentiellement dans les populations  laborieuses.

Charles Dickens, notamment dans son  roman  Les Temps difficiles (Hard Times for These Times) publié en 1854 dénonce  les conditions abominables et la misère des ouvriers, asservis à une société industrielle capitaliste  sans moralité et sans humanité. Dans ses croquis de 1869 Gustave Doré, témoigne de l’existence de poches de misère considérable dans Londres.

Avec des modifications dans  les habitudes culturelles des classes sociales et le développement de l’alphabétisation, la  pratiques de la lecture évolue, en plus d’être un moyen d’enrichir ses connaissances, elle devient source de divertissement.  La poésie, dans les classes aisées, et le roman sont très en vogue.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent et se développent les penny dreadfuls,  à l’origine appelés  bloods penny, principalement destinés aux couches populaire. Publications hebdomadaires, composées de 10 à 20 pages,  où les illustrations jouent un rôle essentiel, celui d’attirer la curiosité des passant, la page de couverture se caractérise par une image « choc »,  illustration en noir et blanc sur la moitié supérieure de la première page, qui au fil du temps se transformera en une page entière en couleur. Il s’agit d’un premier phénomène de grande diffusion.

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Illustration de l’un des penny dreadfuls dédié à Varney le Vampire

Ces écrits, qui rapidement seront joués  dans de petits théâtres, plongeaient les lecteurs au cœur d’histoires macabres, sordides, souvent fictives et issues de la littérature de colportage ou qui rapportaient les faits sanglants de célèbres criminels. L’un des plus célèbres récits fut Varney le vampire – ou Le banquet de sang, publié de 1845 à 1847 sur 109 semaines, qui narrait les tourments infligés à la famille Bannerworths par Francis Varney.

Et là vous vous dites : Ok, mais quel rapport avec la série ? Et bien la série s’inspire directement de cette culture horrifique, sanglante et fantastique qui faisait tant fureur à l’époque victorienne. Nous y retrouvons la violence, le crime, le rapport au sexe  ainsi que tous les thèmes caractéristiques des penny dreadfuls, qui dérangeaient autant qu’ils attiraient.

C’est sur cette base, que  le réalisateur est venu greffer le genre du roman fantastique contemporain. Ainsi la série évoque Frankenstein ou le Prométhée moderne écrit par Mary Shelly et publié en 1818, l’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde  de Robert Louis paru en 1886, le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde paru en 1890 ou encore Dracula de Bram Stoker publié en 1897  qui s’inspirait de la célèbre histoire de Varney le vampire  (clin d’œil, dans l’épisode 6 de la saison 1, un exemplaire de penny dreadful  est tendu au Dr Frankenstein).

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Le portrait de Dorian Gray, illustration Benoit Springer.

L’ensemble de ces ouvrages – quasiment porté au rang de classique  – est à rattacher aux genres du fantastique et de l’horreur. On parle de « roman gothique ». Ceux-ci se caractérisent par un engouement pour l’histoire et le passé, une forte présence du religieux mais aussi des « démons », du mal. Les situations narrées sont sanglantes, horrible, et se déroulent dans des lieux tels que des châteaux, des ruines…

John Logan reprend dans cette série l’ensemble de ces éléments – éminemment gothiques – pour recréer l’atmosphère sombre et mystérieuse de la Londres victorienne avec un casting de choix :   Eva Green, Josh Hartnett, Timothy Dalton, Billie Pipper…,  offrant ainsi un divertissement méticuleusement travaillé et soigné,  adapté au public actuel, dont les avis restent  toutefois assez partagés. Pour ma part, je suis conquise !

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Le casting de la série Penny Dreadful avec Eva Green.

E.E.

P.S: Si vous souhaitez en apprendre plus sur la littérature anglaise de l’époque cliquez ici.


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