VIS MA VIE DE PALEOGRAPHE, LA MAGIE DES TEXTES ANCIENS

La paléographie. Que peut bien signifier ce mot barbare ? Il s’agit d’une science qui traite des écritures anciennes. Au cours des siècles notre manière d’écrire a évolué, s’est transformée. Nous peinons déjà à déchiffrer l’écriture de notre médecin ou les pattes de mouches de nos proches, alors imaginez lorsqu’il faut essayer de lire ce qu’a écrit un notaire pressé par le temps dans la deuxième moitié du XVème siècle …  Notez également qu’il ne s’agit pas uniquement de pouvoir lire mais il faut également comprendre ce qui est marqué ! Le travail de paléographie s’accompagne généralement d’un travail de linguistique, car comme l’écriture la langue évolue. Par extension ce travail permet également de comprendre les modes de fonctionnement ou les mentalités d’un temps.

Chronophage et fastidieuse, la paléographie est la bête noire de nombre historiens et hommes de lettres. Ce fut mon cas. La première fois que je me suis retrouvée dans des archives le nez dans des documents notariés – parce qu’en plus les écritures des notaires sont justes les pires, imaginez-vous que j’ai commencé par ce qu’il y a de plus horrible – je n’ai pu retenir quelques larmes de désespoir. Je n’étais même pas capable de deviner la date des documents que j’avais sous les yeux.

DSCF7737.JPG
Registre notarié barcelonais du XVème siècle. Photo : Arts & Stuffs

Au comble du désespoir, j’ai alors fait copier l’ensemble des archives. Puis je suis rentrée chez moi et je me suis mise à prier le Seigneur dans l’espoir de parvenir à déchiffrer ce qu’il y avait de marqué. A force de persévérance je suis parvenue à lire les dates et retrouver le nom de l’artiste que j’étudiais, cela dit je ne pouvais définitivement pas passer le reste de ma vie à prier tous les saints de la terre pour devenir une paléographe de génie. Je me suis alors prise en main et ai décidé de suivre un cours de paléographie. Il ne m’en fallut pas plus pour me rendre compte que la paléographie ça pouvait aussi être amusant, car outre les testaments, les contrats et les joyeusetés religieuses, certains propos sont parfois d’une cocasserie fort réjouissante. Comme un exemple est toujours plus éloquent que les longs discours laissez-moi vous présenter le dernier texte que j’ai étudié :

Voici un extrait de l’Encyclopédie de Brunetto Latini (1) datée du XIIIème siècle. Le Texte est rédigé en ancien français, la transcription est fidèle au manuscrit original. Ne vous offusquez par de l’orthographe. Si l’orthographe française commence à se fixer au Xème siècle, il faut encore attendre le XVIIIème siècle pour qu’elle soit semblable à celle que nous connaissons aujourd’hui. Une explication du texte suit.

autruche
Guillaume de Leclerc de Normandie, Bestiaire divin, vers 1280. Paris, BnF, ms. fr. 14970. Source : Gallica

Ostusses est une gros beste qui eles et plumes en saulance doisel et pies ausi comme de camel et ne vole pas ains est moult grief et mout pesans par sa complexion qui est si oublieuse malement que il ne lui souvient pas de nul cose passee pour cou li avient il ausi comme par amonestement de nature que en este entour le mois de iung quant il li convient penser de sa generation il esgarde une estoile qui a anon Virgile. Et quant elle commence a lever il pont les oes et les cuevre de sablon et senvait pourcasier son afaire et oublie les oes en cest maniere que il ne len souvient iamais ne petit ne grant….

Il est donc ici question d’autruche. Brunetto n’en a très certainement jamais vu de sa vie il n’en fait pas moins un récit passionnant. Il décrit donc l’animal comme une grosse bête pourvue d’ailes et de plumes si bien qu’il est semblable à un oiseau, il possède également des pieds de chameaux, n’est pas capable de voler – il est trop gros le pauvre ! – et en prime c’est un animal stupide si bien qu’il ne se souvient de rien. Comme l’autruche n’est pas futée, elle n’est pas capable de penser et c’est à la nature de lui dicter ses actes – nous pourrions appeler cela l’instinct. Passage tout à fait délicieux : la période de reproduction de l’autruche semble être le mois de juin, et quand elle doit songer à procréer elle regarde alors une étoile nommée Virgile …. Vous vous imaginez avant de vous soumettre à la bagatelle tourner le regard vers le ciel en quête d’inspiration ? …. BREF. L’inspiration trouvée, l’autruche pond et enterre dans le sable ses œufs, avant de repartir vaquer à ses occupations et d’oublier ses œufs – bah oui l’autruche est bête. Le texte se poursuit avec d’autres fantaisies toutes aussi amusantes, mais pour les découvrir je vous laisse vous initier aux joies de la paléographie !

E.E.

(1) Brunetto Latini est un personnage clé de la politique humaniste de Florence au Moyen Âge, il fut notamment le maître de Dante -vous savez le Dante qui a écrit l’Enfer – bref si vous souhaitez en apprendre plus sur le personnage http://www.universalis.fr/encyclopedie/latini-bruno-ou-brunetto/


Une réflexion sur “VIS MA VIE DE PALEOGRAPHE, LA MAGIE DES TEXTES ANCIENS

  1. Ah ça, comme j’ai désespéré aussi les rares fois où j’ai été obligé de me plongé dans des manuscrits un peu anciens… Il y a des gens qui aiment ça et tant mieux mais ça n’est clairement pas ma tasse de thé.

    Sympa l’anecdote autruche en tout cas !

    Aimé par 1 personne

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s