CUL-TURE, Splendeurs et misères à Orsay.

Le musée d’Orsay présente jusqu’au 17 janvier prochain une exposition au titre, une nouvelle fois, aguicheur. Celui-ci reprend celui d’un ouvrage de Balzac (1). Il y avait déjà eu en 2013-2014 Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours, puis en 2014-2015 Sade, attaque le soleil et enfin Splendeurs et misères, images de la prostitution en France de 1850 à 1910. « Première grande manifestation consacrée au thème de la prostitution » se vante la page officielle du musée.

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Affiches des expositions du musée d’Orsay des trois dernières saisons.

 

Il semble que ces dernières années l’institution « surfe »  autant sur le cul que sur la culture. C’est vendeur. Il n’y a pas de doute, il suffit de regarder les nombreuses publicités jouant sur les ambigüités et les allusions sexuelles. Vous me direz, le Musée du Luxembourg aussi joue le jeu avec son exposition sur Fragonard et le libertinage. Ce n’est pas le même degré de subtilité, dirons-nous. À Orsay pas de fausse pudeur : vous aurez de la fesse, du sein, et du sexe ! Certaines parties de l’exposition sont même cachées derrière des rideaux avec au-dessus de l’entrée inscrit « INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS ». Nous ne nous étonnerons pas qu’il s’agisse de l’une des expositions les plus courues du moment (2).

Ah ! la belle idée ! Se rincer l’œil tout en prétendant se cultiver. Bon cela n’est pas nouveau puisque c’est déjà la troisième saison que le concept est repris. Plutôt déçue par les précédentes expositions du genre, ma principale motivation pour y aller fut le fait que je n’avais pas à payer – l’entrée du musée (y compris celle de l’exposition temporaire) est gratuite pour les moins de 26 ans.

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Jean-Louis Forain, Le client, 1878. Memphis, The Dixon Gallery and Gardens. Copyright photo : courtoisie de la Dixo Gallery and Gardens, Memphis.

La prostitution prit de l’ampleur à la fin du XIXème siècle en France, encouragée par l’exode rural et la révolution industrielle. Les artistes de tout genre, spectateurs de leur temps ne manquent pas d’évoquer le thème dans leurs œuvres. Nous pouvons ici penser à la célébrissime Olympia de Manet qui avait scandale en son temps ou encore à Nana de Balzac. Le but de cette exposition est donc de retracer l’évolution de la prostitution en ce temps-là, aux travers des arts, temps marqués par des innovations techniques tels que le bec à gaz qui va venir éclairer les villes, mais aussi par le développement de la photographie, qui vont impacter ce marché du sexe.

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Edouard Manet, Olympia, 1863. Paris, Musée d’Orsay. Copyright photo : RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowsk

Cachées au départ, les courtisanes deviennent de plus en plus visibles, essentiellement la nuit, à la lumière de l’éclairage public ou dans les coulisses de l’Opéra. Le jour, elles se fondent dans la foule comme le montre la première salle de l’exposition avec des œuvres telles que la demoiselle du magasin de James Tissot (1883-85). « On ne sait plus aujourd’hui si ce sont les honnêtes femmes qui s’habillent comme les filles ou les filles qui sont habillées comme les honnêtes femmes » disait Maxime du Camp en 1875.

Dense, l’exposition laisse un arrière-gout mitigé : si la première moitié de l’exposition se déroule plutôt logiquement et est fort bien illustrée, la fin donne plus l’impression d’être une accumulation d’œuvres où l’on se perd quelque peu. Certes, il y a de belles œuvres présentées mais il faut faire soi-même le tri. Le grand intérêt des cabinets de curiosités pornographiques, ou ce sont des « œuvres » d’amateurs qui sont présentées, ainsi que la présentation d’un lit aux draps défaits peut-être sujet à débat. Il faut également composer avec les visiteurs qui restent plantés longuement devant les œuvres, l’œil avide, à la recherche de détails « olé-olé ». Le visiteur tend à devenir voyeur. L’évènement reste néanmoins intéressant à voir surtout si vous bénéficiez de la gratuité.

Splendeurs et Misères. Images de la prostitution de 1850 à 1910 au musée d’Orsay jusqu’au 17 janvier 2016

E.E.

(1) Jean-Honoré de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, ouvrage publié pour la première fois entre 1838 et 1847.

 

(2) 135 000 visiteurs en l’espace d’un mois.


3 réflexions sur “CUL-TURE, Splendeurs et misères à Orsay.

  1. Cette exposition fait émerger le questionnement du voyeur qui n’est pas si inintéressant. Dans quelle mesure peut on admirer un nu du sexe qui nous attire sans l’apprécier aussi pour le côté « charnel » ? J’aimerai croire que l’on puisse être capable de faire la différence entre attirance pour une personne réelle et représentation mais dans ce cas, la pornographie n’aurait pas autant de succès…

    C’est une idée avec laquelle je ne suis pas toujours super à l’aise quand, en homme hétéro, je regarde un nu féminin que je trouve superbe. Ais-je autant le droit de me plonger dans le tableau que devant un paysage ? Est-ce la lubricité ou l’admiration devant l’oeuvre ? Les deux ? Et quel est le jugement que l’on va poser sur moi planter devant ? Serais-je considéré comme un de ces « visiteurs qui restent plantés longuement devant les œuvres, l’œil avide, à la recherche de détails « olé-olé » » ou encore comme un « voyeur » ?

    Quand une grande partie des collections de peintures et sculptures représentent des personnes dénudés, il est difficile de ne pas avoir à composer avec ces questions quand on s’y ballade et encore plus en faisant des études dans le domaine.

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    1. Le questionnement est intéressant, effectivement. Cela dit le spectateur « voyeur » est généralement aisé à reconnaitre : ses propos vont de paire avec son attitude 😉 Ce qui m’a désolé dans cette exposition était de constaté que le public était d’avantage composé de gens venu pour les nus et non la réprésentation artistique du nu

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      1. Le question est intéressant, effectivement. Cela dit le spectateur « voyeur » est généralement aisé à reconnaitre : ses propos vont de paire avec son attitude 😉 Ce qui m’a désolé dans cette exposition était de constater que le public était d’avantage composé de gens venus pour les nus que pour la représentation artistique du nu. Et l’exposition m’a aussi semblée axée dans cette optique à tendance voyeuriste …

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