« Ugly babies », ces enfants mal foutus de l’histoire de la peinture.

Ils ont le vent en poupe, les bébés représentés dans les peintures du Moyen Âge et de la Renaissance. Un TUMBLR leur est même exclusivement consacré et ce depuis quatre as. Pourquoi ? Mais parce qu’ils sont moches disgracieux. Ils ressemblent à beaucoup de choses mais pas à des bébés. Or l’art n’est pas fait pour être beau (1)? Quel divertissement de voir ces choses qui nous agressent l’œil. Le laid a toujours plus amusé que le beau. Il fait même rire !

Étudiante en histoire de l’art, j’avais déjà pu constater il y a quelques années que ces petits êtres étaient drôlement représentés. A croire que les peintres n’avaient jamais vu d’enfants en bas âge. Une fois, cette observation faite je n’y ai plus prêté attention. On finit par s’habituer.

La peinture italienne est particulièrement riche en matière de bébés moches malplaisants. L’ingratitude de leur physique m’est revenue en pleine figure lors de mon récent voyage en Italie, alors que je me promenais tranquillement dans une pinacothèque milanaise. MAIS C’EST VRAI QU’ILS SONT VILAINS MALBÂTIS !

Cela interpelle, même chez les historiens de l’art. L’un d’eux s’est d’ailleurs penché sur la question, Matthew Knox Averette, professeur à l’Université de Creighton, dans le Nebraska (U.S.A.).

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Vincenzo Foppa, Vierge à l’enfant, vers 1475. Milan, Palais des Sforza.

Dans le cas des œuvres médiévales, ce qui devrait être des bébés, s’apparente d’avantage à des hommes en version miniature et souvent une version moche peu esthétique. Aujourd’hui nous avons tendance à trouver cela étrange, limite effrayant. Faut-il comprendre qu’au Moyen Âge les enfants ressemblaient à cela ? IL N’EN EST RIEN. Ce n’est pas non plus parce que les artistes de l’époque ne savaient pas dessiner.

Il s’agit tout simplement de conventions qui viennent souligner les valeurs d’une époque. Pour comprendre cela, il faut avoir en tête qu’au Moyen Âge, lorsqu’un bébé est représenté il s’agit le plus souvent de l’enfant Jésus. Or Matthex Averette explique : « Il y a l’idée que Jésus, dès sa naissance, était parfaitement formé et inchangé […] Dans certaines de ces peintures, on dirait qu’il souffre (déjà) de la calvitie masculine ». Représenter le Christ enfant en petit homme a donc pour but de souligner sa sagesse précoce. En ce temps l’artiste comme le spectateur portent un intérêt plus grand au message que véhicule une œuvre qu’au réalisme de la représentation.

Cette tendance est abandonnée au fur et à mesure que s’achève le Moyen Âge, mais les bambins n’en deviennent pas forcément plus jolis. FAUX ESPOIR. Nous passons alors à des bébés pour le moins colossaux, perdus quelque part entre l’obésité et le bodybuilding. De quoi faire peur aux femmes si elles devaient un jour enfanter un être semblable. Consolons nous néanmoins, ces bébés ressemblent déjà plus à la réalité. Avec le temps, leur aspect ne va qu’en s’arrangeant.

En effet, avec la Renaissance se développe un intérêt nouveau pour la nature chez les artistes, et pour réaliser des œuvres qui tendent à l’imiter [la nature]. Il faut aussi prendre en compte qu’à cette époque se développe la peinture profane, non religieuse. Il n’y a donc plus besoin de véhiculer le même message. L’art se diffuse dans la haute société, il n’est plus uniquement destiné à orner les églises, chapelles privatives ou autre lieux saints. Nous pouvons alors comprendre que les commanditaires/acquéreurs n’avaient pas envie d’enfants effrayants dans leur salon. Pour comprendre cette transformation il faut aussi avoir à l’esprit qu’avec la Renaissance apparait l’idée que les enfants naissent totalement vierges, c’est-à-dire sans aucun bagage, ils ne peuvent qu’apprendre.

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Bernardino de Conti, Vierge à l’enfant, 1495-1500. Milan, palais des Sforza.

La représentation des bébés est donc avant tout une projection de la manière dont la société les perçoit ! Notre vision des enfants est aujourd’hui bien différente ce qui explique qu’ils nous semblent si étranges et si peu gracieux.

E.E

(1) Reconnaissez qu’il s’agit d’une réflexion presque philosophique. L’art doit-il est beau ? L’art correspond à l’esthétique d’un temps, notre regard a évolué depuis les temps où ont été produites ces œuvres, à l’époque elles ne devaient probablement pas choquer les spectateurs.

 


3 réflexions sur “« Ugly babies », ces enfants mal foutus de l’histoire de la peinture.

  1. Je ne connaissais pas le TUMBLR et je prends ma carte de traumatisé des bébés moches… même si les adultes ne sont souvent pas beaucoup mieux réussis quand le bébé est vraiment laid.

    Dans le genre, voici un exemple perso rencontré il y a peu : http://reho.st/self/a08196b9c197ac450d54042813d9023cff3d1522.jpg photo floue et tout mais c’était pour avoir une vague trace d’utilisation du corail à la base 😉

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