Poussin VS Velazquez.

La capitale française accueille actuellement deux grandes expositions consacrées à la peinture du XVIIème siècle. La première, présentée au Louvre, est dédiée à Nicolas Poussin (1594-1665) emblème de l’art français. La seconde, consacrée à l’espagnol Diego Velázquez (1599-1660), se trouve au Grand Palais.

Le « génie de la peinture française » face à celui qu’Edouard Manet qualifiait de « peintre des peintres ». Le choc des titans.

picasso velazquez
Nicolas Poussin, Autoportrait, 1650. Paris, Musée du Louvre. Photo : RMN-GP/J.-G. Berizzi. Diego Velázquez, Autoportrait, vers 1640. Valence, Musée des Beaux-Arts ©Museo de Bellas Artes, Valence/RMN.

 

Pourquoi rapprocher ces deux expositions ? Outre le fait qu’elles portent toutes les deux sur la peinture du XVIIème, il est aussi à noter que Poussin et Velázquez se sont probablement connus (tous deux ont résidé à Rome, dans les mêmes années et dans le même quartier). Il faut aussi prendre en compte qu’elles sont toutes deux des produits estampillés « Louvre ». Cela ne tient pas uniquement au logo des éditions du musée du Louvre présent sur les catalogues, alors que l’exposition Poussin est notamment sous la responsabilité de Nicolas Milovanovic, conservateur au Louvre, l’exposition Velázquez est dirigée par Guillaume Kientz, qui est aussi conservateur au Louvre.

Tandis que l’Espagnol attire les foules, le Français se désole de son peu d’admirateurs. Pour l’art national c’est un peu un échec sur son propre territoire mais nul n’est prophète en son pays… Tout au moins à un moment donné.

Poussin n’attire pas. Poussin ne séduit pas.

moise
Nicolas Poussin, Moïse exposé sur les eaux, 1654. Oxford, Ashmolean Museum. © Ashmolean Museum, University of Oxford

Il faut dire, d’emblée, le titre ne vend pas forcement du rêve. « Poussin et Dieu ». Soyons sincères, pour nombre de gens, art religieux rime avec ennuyeux. Difficile d’attirer les foules avec une telle approche. Pire encore, Poussin est un artiste difficile à appréhender, y compris pour les historiens de l’art. J’avoue ne pas spécialement avoir gardé de souvenir de joie intense lorsque j’étais contrainte de l’étudier en Licence.

Cependant l’exposition n’en reste pas moins intéressante et c’est une occasion unique de découvrir l’œuvre de ce peintre (99 œuvres sont présentées !!! 63 peintures, 34 dessins et deux estampes).

5 clés pour mieux aborder cette exposition :

  • Le hall Napoléon du Louvre présente, non pas une mais deux expositions en ce moment. Dont « La fabrique des saintes images » (1) qui permet de comprendre le processus d’élaboration et de création des images sacrées au temps de Poussin. Il s’agit d’une époque où les catholiques tentent de réaffirmer leur légitimité et leur utilité suite à la réforme protestante du XVIème siècle. Commencer par cette exposition permet de mieux appréhender la rétrospective poussinesque (pas de soucis votre billet comprend les deux expositions !).
  • Entrer dans le monde de Nicolas Poussin. Ne pas y aller dans l’optique de voir une exposition de belle peinture que l’on regarde distraitement. Il faut prendre le temps de regarder chacune des œuvres, une par une (lorsque Poussin présentait ses œuvres elles étaient toutes couvertes et il les dévoilait une à une).
  • Ne pas bloquer sur le titre. « Poussin et Dieu ». Peut aussi se comprendre : Poussin est Dieu ; le dieu de la peinture (en vérité cela dépend du point de vue, G. Kientz dirait probablement que le vrai dieu est Velázquez). Poussin est un artiste qui ne se répète pas et qui joue sur les couleurs, les effets de lumières : effets qui des siècles plus tard inspireront Cézanne, Picasso etc …
  • Artiste singulier qui revisite l’iconographie religieuse. Aux sujets pieux, il associe des éléments profanes et antiques. Par exemple, dans le Moïse exposé sur les eaux (voir ill. présentée ci-dessus) nous pouvons voir une allusion au dieu Pan (2). C’est l’union du sacré antique et du sacré chrétien.
  • À chacun d’apprécier à sa façon. S’il faut prendre le temps de regarder les œuvres il ne faut pas pour autant s’imaginer qu’il y a une seule bonne manière de les observer. Certes regarder l’œuvre de Poussin nécessite du temps, mais simplement le temps de l’apprécier.

Poussin et Dieu, au musée du Louvre jusqu’au 29 juin.

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(1) La fabrique des saintes images, au musée du Louvre jusqu’au 29 juin,

(2) Divinité grecque, représentée mi-homme mi-bouc. Il s’agit du dieu des bergers et des troupeaux. Mais c’est aussi un dieu connu pour sa sexualité débridée … que Poussin a représenté dans un tableau de thématique chrétienne.

 


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