« Culturellement incorrect » ou le bien fondé de tourner autour des statues en ronde-bosse

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Aphrodite, dite Vénus de Milo. Vers 100 av. J.C. Paris, Musée du Louvre.

 

Il y a peu, alors que je me promenais au Louvre dans le département des antiquités grecques, étrusques et romaines, me prend l’envie une fois arrivée dans la salle de la Vénus de Milo de la photographier (la Vénus). Une masse noire est amassée autour de la déesse, ne reste un peu de place pour se glisser que vers l’arrière ce qui m’offre une vue admirable sur le divin postérieur. Ni une ni deux je dégaine mon appareil lorsque je me vois interrompu. « Nononononono ». Je me retourne et observe un touriste qui fait des signes désapprobateurs avec sa tête. Ne me sentant pas concernée je réarme mon appareil, vise et tente à nouveau de prendre la photo. « Nonononono ». Le touriste s’est rapproché de moi plus réprobateur que jamais. Effarée, je comprends enfin que je suis l’objet de sa protestation : on ne photographie pas les fesses des statues encore moins celles des dieux, il faut respecter l’art ! Ce charmant personnage, avec un appareil photo ultra perfectionné autour du cou mais qui prend ses clichés avec le dernier smartphone, tente de m’enseigner le respect des œuvres d’art.

 

Il serait donc plus incorrect de capturer le fessier de Vénus que sa poitrine nue ! Dans une société aujourd’hui bombardée d’images, dirons-nous, osées je parviens à choquer les biens pensants simplement en voulant photographier un arrière-train sculpté (si encore il s’agissait de celui d’un être vivant, je ne dis pas).

 

Datée de la fin du IIème siècle avant J.C., La Vénus de Milo comme nombre d’autres statues, conservées notamment dans le musée du Louvre, est une sculpture réalisée en ronde-bosse. C’est-à-dire qu’elle n’est rattachée à aucun fond et repose simplement sur un socle. La ronde-bosse est souvent définie comme une sculpture dont il est possible de faire le tour. Bien que très répandue, cette idée n’est pas toujours vraie (la face postérieure n’est pas toujours achevée et dans le cas de certaines statues médiévales en bois le dos est entièrement évidé), CEPENDANT l’artiste a, ici, pris soin d’achever la partie arrière. Premier appel à la faute. De plus, si le dispositif muséographique du Louvre comprend un parcours permettant de circuler tout autour de l’œuvre cela n’est en rien anodin. Je ne peux qu’être confortée dans mon idée que je ne commets aucun crime à vouloir immortaliser ce parfait derrière. Au contraire, en agissant ainsi je l’honore !

 

En tant qu’historienne de l’art l’une des premières choses qu’il m’a été enseignée était d’observer les choses. Ne pas faire le tour de cette statue reviendrait à en occulter une partie et ne pouvoir apprécier dans sa globalité le modelé de la chair si délicat qui ravit chaque jour des centaines de touristes. Cette réflexion vaut pour toutes les œuvres réalisées de la sorte, quel que soit le musée. Je vous encourage donc à désormais faire le tour des sculptures en ronde-bosse, à en admirer le siège lorsqu’il a été traité et à faire fi des regards désapprobateurs !

 

E.E.


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